L'Université du non coté

Dossier

Ce que les entrepreneurs pensent vraiment du non coté

Bertrand Folliet •

L’ouverture d'une entreprise à un fonds de private equity est une décision qui engage profondément le dirigeant – dans sa stratégie, sa gouvernance et son identité d'entrepreneur. Longtemps perçue avec méfiance en France, cette relation évolue. Comment les chefs d'entreprise voient-ils aujourd'hui l'entrée d'un fonds à leur capital ?

Des réticences culturelles historiques

L'entrepreneur français a longtemps entretenu un rapport complexe avec le capital-investissement. Plusieurs facteurs expliquent cette méfiance historique : la culture du contrôle familial, la crainte de perdre l'indépendance stratégique, une représentation négative des fonds focalisés sur le rendement financier à court terme, et des expériences douloureuses de LBO mal calibrés dans les années 2000 et 2010, où l'endettement excessif avait conduit certaines entreprises à la faillite.

Cette méfiance n'est pas totalement infondée. Tous les fonds ne se valent pas, et les intérêts d'un gérant de private equity – dont la rémunération dépend des plus-values réalisées à la sortie – peuvent diverger de ceux d'un entrepreneur qui s'inscrit dans le temps long. La pression sur les métriques financières trimestrielles ou annuelles peut entrer en conflit avec une stratégie d'investissement à long terme.

Un regard qui évolue

Néanmoins, le rapport des entrepreneurs français au private equity a profondément évolué ces dix dernières années. Plusieurs facteurs expliquent cette transformation. La professionnalisation des fonds, d'abord : les équipes d'investissement comptent désormais davantage d'anciens dirigeants d'entreprise, d'experts sectoriels et de spécialistes opérationnels, qui apportent une valeur ajoutée au-delà du simple financement. Les pratiques de gouvernance se sont améliorées, avec des conseils d'administration plus constructifs et moins intrusifs.

L'accélération des besoins de croissance externe, de digitalisation et d'internationalisation a également rendu le capital-investissement plus attractif : face à la concurrence internationale, un fonds peut apporter des ressources et un réseau qu'un entrepreneur seul ne peut pas mobiliser. Les success stories – entreprises transformées et développées grâce au soutien d'un fonds – contribuent à modifier la perception de la profession.

Ce que les dirigeants valorisent (et ce qu'ils redoutent)

Lorsqu'on interroge des dirigeants ayant collaboré avec des fonds de private equity, les points valorisés reviennent régulièrement : l'accès aux ressources financières pour financer la croissance, l'apport d'expertise sectorielle et de réseau, la structuration de la gouvernance (qui peut être bénéfique pour des entreprises familiales parfois peu formalisées), et la crédibilité apportée vis-à-vis des partenaires bancaires et commerciaux.

Les points de friction les plus fréquemment cités sont : la pression sur les performances à court terme, parfois perçue comme incompatible avec les cycles longs des projets industriels ; les désaccords sur la stratégie de sortie (le fonds ayant une obligation de céder ses parts dans un délai défini, ce qui peut ne pas correspondre au bon moment stratégique pour l'entreprise) ; et les désalignements sur les pratiques de gouvernance.

Les conditions d'une relation fructueuse

La clé d'une relation réussie entre un entrepreneur et un fonds de private equity tient en grande partie à la qualité de l'alignement initial : partage des ambitions stratégiques, clarté sur les modalités de gouvernance, transparence sur les attentes de rendement et l'horizon de sortie. Prendre le temps de sélectionner le bon fonds – celui dont la culture, la stratégie d'accompagnement et les références sectorielles correspondent à la situation de l'entreprise – est un investissement que les entrepreneurs les plus avisés ne sous-estiment jamais.

L'intégralité du contenu éditorial de l'Université est réservée aux membres inscrits.

À lire aussi

9 septembre 2026

Les fonds de litigation : une classe d’actifs encore méconnue

Frédéric Zablocki
Senior Partner – Fondateur · Entrepreneur Invest

Le financement de litiges (litigation finance) est l'une des classes d'actifs non cotées les plus décorrélées…

2 septembre 2026

L'intrapreneuriat a-t-il encore de l'avenir ?

Bertrand Folliet
Président-Fondateur · Entrepreneur Invest

L'intrapreneuriat – entreprendre au sein d'une organisation existante – est souvent associé aux grandes…

30 août 2026

Les cryptoactifs et patrimoine : quelle place à y accorder ?

Bertrand Folliet
Président-Fondateur · Entrepreneur Invest

Bitcoin, Ethereum, stablecoins : les cryptoactifs ont progressivement envahi le débat patrimonial.